La dévitalisation d’une grande majorité des communautés
localisées dans les régions dites ressources du Québec
exigent de plus en plus l’engagement audacieux des élus
locaux dans des actions concrètes de prises en charge de
leur destin collectif en s’engageant résolument dans la
voie de l’autodéveloppement local.
En développement local, il y a les tenants du
développement exogène (qui vient de l’extérieur) et les
autres qui privilégient le développement endogène (qui
vient de l’intérieur!) ce dernier étant aussi connu sous
le vocable de développement dit : par
la BASE!
Si les deux ont leur place en côte à côte, la froide
réalité des choses nous indique qu’ici comme en
plusieurs domaines la fameuse loi de Paretteau se
vérifie une fois de plus, car ce sont 80% des emplois
créés qui sont le fruit du travail de promoteurs
entrepreneurs issus du milieu même alors que la balance,
le 20% nous vient d’initiatives extérieures.
De plus force nous est de constater que la très grande
majorité des emplois créés en région sont
majoritairement issus de l’exploitation et de la mise en
valeur des ressources que l’on retrouvent sur ou à
proximité du territoire habité.
A l’analyse on constate aussi que nous n’avons encore
très peu le réflexe de faire nous même en région, la
valeur ajoutée de celles-ci. Ce qui a pour effet de nous
priver des emplois plus créatifs, rémunérateurs et
intéressants générés par une économie de plus en plus
orientée vers le savoir. Des emplois que recherchent la
très grande majorité de nos jeunes qui ont choisi de
poursuivre des études en divers domaines.
On se prive ainsi d’un précieux enrichissement collectif
que même nos jérémiades les plus pathétiques auprès de
nos élus de nos paliers de Gouvernement supérieurs
n’arrivent pas à convaincre de nous donner par diverses
mesures d’aides compensatrices.
Les constats du passé ne nous ont-ils pas appris que
nous ne serons jamais mieux servis que par nous-mêmes?
Combien de temps encore nous faudra-t-il pour enfin
comprendre que nous ne sommes pas né pour un petit pain,
et que si nous subissons un tel état de fait c’est que
nous en sommes les tous premiers responsables par notre
manque de courage et d’audace collectif!
Considérant ce qui précède, je crois que le
développement de l’énergie éolienne constitue pour les
régions dites ressources du Québec, une opportunité en
or à saisir par les populations locales! Qu’il
appartient carrément aux élus locaux de d’exercer leur
leadership en posant des gestes et initiatives concrètes
d’appropriation et de mise en valeur par et pour les
communautés locales! D’animer et convaincre avec foi et
dynamisme leurs concitoyen(ne)s de s’engager dans un
processus de concertation solidaire, afin de se faire
collectivement promoteur / entrepreneur de projets de
parcs éolien communautaires via des formules de
coopératives de solidarité.
Je crois en effet qu’à l’instar de plusieurs groupes
ainsi constitués de par le monde, que ce soit au
Danemark, en Suède, en Allemagne, en France, en Espagne,
en Orégon, au Manitoba, en Ontario, etc.. et bien que
nous aussi au Québec nous sommes nous aussi tout autant
capable d’entreprendre et réussir des projets viables en
développement éolien.
Car si l’air que l’on respire n’est la propriété d’aucun
mais de tous, il m’apparaît à l’évidence que le vent qui
transporte celle-ci lui est très intimement lié, qu’ils
forment ensemble un tout indivisible, donc un BIEN
COMMUN, c’est incontestable!
Une telle richesse collective ne peut donc et ne doit
aucunement être laissée à la seule convoitise aveugle de
groupes financiers en mal d’enrichissement que pour
leurs seuls actionnaires ou bailleurs de fonds.
En territoire humanisé du Québec, les élus doivent à mon
humble avis, saisir l’opportunité de s’impliquer
courageusement et avec audace dans la mise en valeur de
cette richesse qui souffle au dessus de leurs têtes et
de celles de l’ensemble de leurs concitoyen(ne)s qui les
ont investi du pouvoir d’agir.
Le tout premier exercice que ceux-ci devraient alors
entreprendre c’est dans un tout premier temps, de
localiser les gisements de vent présent sur leur
territoire, et convenir ensemble et solidairement avec
l’ensemble de leurs concitoyen(ne)s des paramètres
restrictifs et d’acceptabilité sociales avec lesquels
ils pourront convenir des gisements éolien qui pourront
être éventuellement développé.
De plus ils devraient faire en parallèle, un solide
exercice d’appropriation collective, lequel leur
permettra de partager un maximum d’information de
qualité sur tous les tenants et aboutissants de la mise
en valeur de cette nouvelle filière énergétique et de
convenir ensemble de manière consciente et bien éclairée
de l’approche de développement de cette ressource avec
laquelle la ou les populations locales seront le plus
confortables, et qu’en toute lucidité elles auront
convenu consensuellement de choisir comme modèle de mise
en valeur à privilégier pour cette richesse collective.
A mon avis un tel processus de démocratie citoyenne
participative devrait obligatoirement se faire à
l’échelle d’un territoire de MRC et ce afin de pouvoir
collectivement se donner le maximum de moyens pour
réussir des projets rassembleurs et gagnant gagnant!
Car s’il est de par la loi, de la responsabilité pleine
et entière de tout conseil des maires de toutes MRC du
Québec de se donner un schéma d’aménagement à l’échelle
de tout leur territoire, hé bien quoi de plus normal et
réaliste que d’avoir une stratégie commune d’action
solidaire et concertée à l’échelle de chacune de ces
régions d’appartenance collective que sont les MRC pour
établir soi même ensemble et d’un commun accord, tous
les critères réglementaires normalement requis pour
s’assurer du meilleur développement possible de la
filière éolienne sur son propre territoire!
Il est toutefois fort dommage que notre bon père de
famille, notre Gouvernement Provincial, n’est pas prévu
de faire un travail préparatoire de fond base en mettant
à contribution des représentants des élus locaux (FQM et
UMQ) et tous les autres groupes concernés tel l’UPA pour
ensemble convenir d’un cadre règlementaire minimal,
hautement souhaitable, voir même indispensable avant de
lancer la mise en valeur de la filière éolienne dans les
territoires humanisés du Québec. Ce qui n’a
malheureusement pas été fait! Toutefois en ce moment, un
comité aviseur qui a été formé depuis novembre dernier
incluant les partenaires précités, et lequel formulera
au Gouvernement divers correctifs à apporter pour les
appels d’offres à venir.
Il est donc ardemment souhaitable que des correctifs
soient très bientôt apportés par celui-ci afin de
corriger les nombreuses lacunes qui ont été soulevées
par divers groupes de citoyens ainsi que dans plusieurs
rapports du BAPE pour des projets de mégas parc éoliens
tel ceux de Skypower dans
la MRC de Rivière-du-Loup, de Northland
Power (MRC de Matane), AXOR (MRC de Matane). Même
la CPTAQ
(Commission de Protection du Territoire Agricole du
Québec) est intervenu pour s’objecter au positionnement
d’une quarantaine d’éoliennes du futur projet de
Northland Power dans
la MRC de Matane.
Il est on ne peut plus clair et bien évident, que la
très grande responsabilité des élus locaux c’est d’être
proactifs ensemble dans une approche démocratique
citoyenne participative laquelle exige en tout temps la
pratique d’un maximum de transparence et le plus grand
souci d’éviter tout geste ou action qui pourrait laisser
croire à de possibles conflits d’intérêts. Car ne
l’oublions pas, le degré de confiance des citoyens
envers leurs élus est primordial dans toute démarche
d’appropriation collective.
Le niveau d’engagement de tout citoyen sera aussi
largement conditionné tant par la qualité que par la
quantité d’information auquel il aura librement et
facilement accès en tout temps. De s’assurer du plus
haut niveau d’information de ceux-ci, c’est aussi se
donner l’assurance du plus haut niveau possible
d’intéressement et d’engagement du plus grand nombre
possible de citoyen(ne)s dans l’action du faire soi-même
ensemble!
La révision récente de la loi 62 régissant le bon
fonctionnement et gouvernance des municipalités
Québécoises permet l’implication de ces dernières dans
la réalisation de projets de parcs éoliens jusqu’à
hauteur de 50% dans des projets de 25 MW.
A remarquer qu’au Québec deux villes, telle Sherbrooke
et Coaticook en Estrie sont elles mêmes propriétaires à
100% et ce depuis plusieurs années de barrages
électriques dont les profits générés contribuent à leur
budget municipal soulageant d’autant leurs
contribuables. De plus en Suède ce sont près de 30% des
communautés locales qui avec la complicité de leur
gouvernement supérieur sont aujourd’hui autoproductrice
d’énergie électrique via des parcs éoliens, barrages
électriques, centrales fonctionnant avec la biomasse
forestière, etc..
Bien qu’au lancement de la mise en valeur de notre
potentiel éolien avec le tout premier appel d’offre de
1000 MW que notre Gouvernement nous ait carrément dit
qu’il fallait s’en remettre entièrement au secteur privé
pour en réaliser la mise en valeur, et ce dans le cadre
de projets de 100 MW et plus dont les coûts
d’implantation s’élèvent à plus de 200 millions de
dollars force il nous est de reconnaître aujourd’hui que
tel n’était pas le cas et qu’il y a définitivement place
pour des projets communautaires de plus petites tailles.
A la limite, à l’instar de la petite communauté de
Saint-Noël dans
La Matapédia la mise en place d’une
seule éolienne d’un mégawatt peut être lui aussi un
projet communautaire dynamisant très rentable.
A titre d’exemple supplémentaire, il y a aussi l’actuel
projet communautaire de
la SIDEM (Société Intégré de
Développement Éolien de
La Matapédia) laquelle proposera un
parc éolien de 9 MW ( 6 éoliennes de 1.5 MW) dans le
cadre du tout prochain appel d’offre de 2,000 MW du 15
mai prochain. Celui-ci est née d’une démarche
entièrement issu de
la BASE
et dont laquelle prend son origine dans la toute
première initiative Québécoise de vouloir mettre sur
pieds un tout premier parc éolien communautaire initiée
à ma suggestions par
la Ville d’Amqui qui a fait réaliser
par la firme ÉNERGIE NORDIQUE Inc. de Québec une étude
de préfaisabilité pour un tel projet.
En l’espace de quelques mois, grâce à diverses
interventions médiatiques cette idée a très rapidement
fait son chemin. Actuellement ce sont plus d’une dizaine
de projets à caractère communautaire qui sont en
gestation principalement au Bas Saint-Laurent, soit seul
ou en partenariat avec d’autres groupes d’investisseurs
promoteurs et lesquels bénéficie de l’aide
professionnelle inestimable du groupe ATI présidé par M.
Adrian Lhinca, Dr en Ingénierie et professeur chercheur
à l’UQAR (Université du Québec à Rimouski) et de son
très impliqué et maintenant reconnu en matière de
développement éolien au Québec’ soit M. Jean-Louis
Chaumel, lui aussi docteur en ingénierie et professeur
chercheur à l’UQAR.
De même que l’engagement professionnel de
la CDR BSL
(Coopérative Régionale en Développement Régional du Bas
Saint-Laurent) par l’entremise de sa dynamique et
dévouée directrice générale Mme Étiennette Thériault et
de son tout nouvel agent de développement, M. Martin
Gagnon qui depuis son arrivée en poste en septembre
dernier s’est rapidement au service du développement
éolien coopératif. C’est dans cette foulée que tout
récemment était fondée sous l’initiative de ceux-ci et
de promoteurs éoliens communautaires la toute nouvelle
CRERQ (Coopératives regroupées en énergie renouvelable
du Québec). Une toute nouvelle force ou joueur sur
l’échiquier du développement de la filière éolienne au
Québec et de toute autre source d’énergie renouvelable.
La CRERQ
est définitivement appelé à devenir un joueur
incontournable dans l’accompagnement de tout groupe,
communauté et MRC qui de par le Québec, voulant oser
imaginer et réaliser un projet de production d’énergie
renouvelable selon une approche communautaire par
la BASE
en impliquant les forces vives de son milieu sera
bienvenu de s’y associer en tant que membre à part
entière afin de pouvoir tout à la fois profiter de
l’expertise de ses membres et apporter sa propre
contribution à bâtir ensemble cette toute nouvelle force
en autodéveloppement local de ressources énergétiques
renouvelables et locales.
En territoire humanisé du Québec, personnellement je
crois que l’on devrait privilégier les projets éoliens
communautaires à taille humaine plus facilement
intégrable dans nos paysages et préconiser
l’implantation des mégas parcs éoliens à proximité de
nos grands barrages.
Nous sommes en droit de nous poser des questions sur le
réel bien fondé de laisser à l’entreprise privée d’être
les développeurs principaux de cette filière
énergétique. La ruée en nombre incroyable de promoteurs
qui salivent à l’idée d’obtenir de juteux contrats
d’Hydro Québec, et pour un très grand nombre issus de la
filière du pétrole, donc de l’Alberta ou de l’Ontario,
nous permettent de croire qu’il y a de la grosse argent
à faire au niveau de la production d’énergie éolienne.
Alors pourquoi devrions-nous leur laisser en toute
connaissance de cause tout le champ libre? La
nationalisation de cette filière, du moins dans la
partie des tous nouveaux mégas projets à venir, nous
permettrait de mettre plus facilement à contribution ce
pouvoir collectif pour influer sur le développement de
turbines « made in Québec » et favoriser au grand
maximum le développement d’un savoir collectif tout
comme l’a fait le Danemark, l’Allemagne,
la France et l’Espagne par exemple?
Si nous sommes capables de construire des
« Challenger », des Manic et des Baie-James, en
s’appuyant sur nos nombreuses universités, industries de
l’aéronautique, firme de Génie Conseil, etc...je suis
personnellement convaincu qu’en nous investissant
collectivement nous même dans l’appropriation et la mise
en valeur de notre potentiel éolien, nous pourrions plus
rapidement devenir rapidement un joueur de calibre
mondial à part entière, générant au passage plusieurs
emplois de qualité pour notre jeunesse en manque de
grands défis!
Nous devons avoir une vision très large de tout ce que
pourrait nous procurer le développement éolien au Québec
si nous acceptions d’oser prendre plus de responsabilité
en tant qu’autodéveloppeur de la filière. Au fait,
avons-nous une véritable stratégie collective de
développement de cette nouvelle ressource? Si oui, où se
trouve t-elle, car pour ma part bien que je sois très
impliqué dans la prise de conscience de ce que nous
devrions faire afin d’en tirer le maximum de bénéfices,
je n’ai jamais entendu parler que nous en avions une, ni
même entendu dire que nous étions à en concevoir une
dans quelque officine de notre Gouvernement! C’est
vraiment incroyable! On a vraiment l’impression que l’on
improvise au fur et à mesure que l’on enfance dans la
voie de sa mise en valeur!
Source: Bouchard, Roméo,
Jean-Louis Chaumel, Paul Gipe, Gaétan Rhuest et Gabriel
Ste-Marie (2007). L'éolien: pour qui tourne le vent ?,
Écosociété, Montréal.