Le projet éolien de l'Érable:

 

Créé en 2009, le Regroupement pour le développement durable des Appalaches estime nécessaire, légitime et vital de s’opposer fermement à l’implantation de mégaprojets éoliens industriels, tant sur le territoire de la MRC de l’Érable qu’à l’échelle des Appalaches.

 

 

 La participation des communautés et des municipalités

  par Gaétan Ruest

La dévitalisation d’une grande majorité des communautés localisées dans les régions dites ressources du Québec exigent de plus en plus l’engagement audacieux des élus locaux dans des actions concrètes de prises en charge de leur destin collectif en s’engageant résolument dans la voie de l’autodéveloppement local.

 

En développement local, il y a les tenants du développement exogène (qui vient de l’extérieur) et les autres qui privilégient le développement endogène (qui vient de l’intérieur!) ce dernier étant aussi connu sous le vocable de développement dit : par la BASE!

 

Si les deux ont leur place en côte à côte, la froide réalité des choses nous indique qu’ici comme en plusieurs domaines la fameuse loi de Paretteau  se vérifie une fois de plus, car ce sont 80% des emplois créés qui sont le fruit du travail de promoteurs entrepreneurs issus du milieu même alors que la balance, le  20% nous vient d’initiatives extérieures.

 

De plus force nous est de constater que la très grande majorité des emplois créés en région sont majoritairement issus de l’exploitation et de la mise en valeur des ressources que l’on retrouvent sur ou à proximité du territoire habité.

 

A l’analyse on constate aussi que nous n’avons encore très peu le réflexe de faire nous même en région, la valeur ajoutée de celles-ci. Ce qui a pour effet de nous priver des emplois plus créatifs, rémunérateurs et intéressants générés par une économie de plus en plus orientée vers le savoir. Des emplois que recherchent la très grande majorité de nos jeunes qui ont choisi de poursuivre des études en divers domaines.

 

On se prive ainsi d’un précieux enrichissement collectif que même nos jérémiades les plus pathétiques auprès de nos élus de nos paliers de Gouvernement supérieurs n’arrivent pas à convaincre de nous donner par diverses mesures  d’aides compensatrices.

 

Les constats du passé ne nous ont-ils pas appris que nous ne serons jamais mieux servis que par nous-mêmes? Combien de temps encore nous faudra-t-il pour enfin comprendre que nous ne sommes pas né pour un petit pain, et que si nous subissons un tel état de fait c’est que nous en sommes les tous premiers responsables par notre manque de courage et d’audace collectif!

 

Considérant ce qui précède, je crois que le développement de l’énergie éolienne constitue pour les régions dites ressources du Québec, une opportunité en or à saisir par les populations locales! Qu’il appartient carrément aux élus locaux de d’exercer leur leadership en posant des gestes et initiatives concrètes d’appropriation et de mise en valeur par et pour les communautés locales! D’animer et convaincre avec foi et dynamisme leurs concitoyen(ne)s de s’engager dans un processus de concertation solidaire, afin de se faire collectivement promoteur / entrepreneur de projets de parcs éolien communautaires via des formules de coopératives de solidarité.

 

Je crois en effet qu’à l’instar de plusieurs groupes ainsi constitués de par le monde, que ce soit au Danemark, en Suède, en Allemagne, en France, en Espagne, en Orégon, au Manitoba, en Ontario, etc.. et bien que nous aussi au Québec nous sommes nous aussi tout autant capable d’entreprendre et réussir des projets viables en développement éolien.

 

Car si l’air que l’on respire n’est la propriété d’aucun mais de tous, il m’apparaît à l’évidence que le vent qui transporte celle-ci lui est très intimement lié, qu’ils forment ensemble un tout indivisible, donc un BIEN COMMUN, c’est incontestable!

 

Une telle richesse collective ne peut donc et ne doit aucunement être laissée à la seule convoitise aveugle de groupes financiers en mal d’enrichissement que pour leurs seuls actionnaires ou bailleurs de fonds.

 

En territoire humanisé du Québec, les élus doivent à mon humble avis, saisir l’opportunité de s’impliquer courageusement et avec audace dans la mise en valeur de cette richesse qui souffle au dessus de leurs têtes et de celles de l’ensemble de leurs concitoyen(ne)s qui les ont investi du pouvoir d’agir.

 

Le tout premier exercice que ceux-ci devraient alors entreprendre c’est dans un tout premier temps, de localiser les gisements de vent présent sur leur territoire, et convenir ensemble et solidairement avec l’ensemble de leurs concitoyen(ne)s des paramètres restrictifs et d’acceptabilité sociales avec lesquels ils pourront convenir des gisements éolien qui pourront être éventuellement développé.

 

De plus ils devraient faire en parallèle, un solide exercice d’appropriation collective, lequel leur permettra de partager un maximum d’information de qualité sur tous les tenants et aboutissants de la mise en valeur de cette nouvelle filière énergétique et de convenir ensemble de manière consciente et bien éclairée de l’approche de développement de cette ressource avec laquelle la ou les populations locales seront le plus confortables, et qu’en toute lucidité elles auront convenu consensuellement de choisir comme modèle de mise en valeur à privilégier pour cette richesse collective.

 

A mon avis un tel processus de démocratie citoyenne participative devrait obligatoirement se faire à l’échelle d’un territoire de MRC et ce afin de pouvoir collectivement se donner le maximum de moyens pour réussir des projets rassembleurs et gagnant gagnant!

 

Car s’il est de par la loi, de la responsabilité pleine et entière de tout conseil des maires de toutes MRC du Québec de se donner un schéma d’aménagement à l’échelle de tout leur territoire, hé bien quoi de plus normal et réaliste que d’avoir une stratégie commune d’action solidaire et concertée à l’échelle de chacune de ces régions d’appartenance collective que sont les MRC pour établir soi même ensemble et d’un commun accord, tous les critères réglementaires normalement requis pour s’assurer du meilleur développement possible de la filière éolienne sur son propre territoire!

 

Il est toutefois fort dommage que notre bon père de famille, notre Gouvernement Provincial, n’est pas prévu de faire un travail préparatoire de fond base en mettant à contribution des représentants des élus locaux (FQM et UMQ) et tous les autres groupes concernés tel l’UPA pour ensemble convenir d’un cadre règlementaire minimal, hautement souhaitable, voir même indispensable avant de lancer la mise en valeur de la filière éolienne dans les territoires humanisés du Québec. Ce qui n’a malheureusement pas été fait! Toutefois en ce moment, un comité aviseur qui a été formé depuis novembre dernier incluant les partenaires précités, et lequel formulera au Gouvernement divers correctifs à apporter pour les appels d’offres à venir.

 

Il est donc ardemment souhaitable que des correctifs soient très bientôt apportés par celui-ci afin de corriger les nombreuses lacunes qui ont été soulevées par divers groupes de citoyens ainsi que dans plusieurs rapports du BAPE pour des projets de mégas parc éoliens tel ceux de Skypower dans la MRC de Rivière-du-Loup, de Northland Power (MRC de Matane), AXOR (MRC de Matane). Même la CPTAQ (Commission de Protection du Territoire Agricole du Québec) est intervenu pour s’objecter au positionnement d’une quarantaine d’éoliennes du futur projet de Northland Power dans la MRC de Matane.

 

Il est on ne peut plus clair et bien évident, que la très grande responsabilité des élus locaux c’est d’être proactifs ensemble dans une approche démocratique citoyenne participative laquelle exige en tout temps la pratique d’un maximum de transparence et le plus grand souci d’éviter tout geste ou action qui pourrait laisser croire à de possibles conflits d’intérêts. Car ne l’oublions pas, le degré de confiance des citoyens envers leurs élus est primordial dans toute démarche d’appropriation collective.

 
 

Le niveau d’engagement de tout citoyen sera aussi largement conditionné tant par la qualité que par la quantité d’information auquel il aura librement et facilement accès en tout temps. De s’assurer du plus haut niveau d’information de ceux-ci, c’est aussi se donner l’assurance du plus haut niveau possible d’intéressement et d’engagement du plus grand nombre possible de citoyen(ne)s dans l’action du faire soi-même ensemble!

 

La révision récente de la loi 62 régissant le bon fonctionnement et gouvernance des municipalités Québécoises permet l’implication de ces dernières dans la réalisation de projets de parcs éoliens jusqu’à hauteur de 50% dans des projets de 25 MW.

 

A remarquer qu’au Québec deux villes, telle Sherbrooke et Coaticook en Estrie sont elles mêmes propriétaires à 100% et ce depuis plusieurs années de barrages électriques dont les profits générés contribuent à leur budget municipal soulageant d’autant leurs contribuables. De plus en Suède ce sont près de 30% des communautés locales qui avec la complicité de leur gouvernement supérieur sont aujourd’hui autoproductrice d’énergie électrique via des parcs éoliens, barrages électriques, centrales fonctionnant avec la biomasse forestière, etc..

 

Bien qu’au lancement de la mise en valeur de notre potentiel éolien avec le tout premier appel d’offre de 1000 MW que notre Gouvernement nous ait carrément dit qu’il fallait s’en remettre entièrement au secteur privé pour en réaliser la mise en valeur, et ce dans le cadre de projets de 100 MW et plus dont les coûts d’implantation s’élèvent à plus de 200 millions de dollars force il nous est de reconnaître aujourd’hui que tel n’était pas le cas et qu’il y a définitivement place pour des projets communautaires de plus petites tailles. A la limite, à l’instar de la petite communauté de Saint-Noël dans La Matapédia la mise en place d’une seule éolienne d’un mégawatt peut être lui aussi un projet communautaire dynamisant très rentable.

 

A titre d’exemple supplémentaire, il y a aussi l’actuel projet communautaire de la SIDEM (Société Intégré de Développement Éolien de La Matapédia) laquelle proposera un parc éolien de 9 MW ( 6 éoliennes de 1.5 MW) dans le cadre du tout prochain appel d’offre de 2,000 MW du 15 mai prochain. Celui-ci est née d’une démarche entièrement issu de la BASE et dont laquelle prend son origine dans la toute première initiative Québécoise de vouloir mettre sur pieds un tout premier parc éolien communautaire initiée à ma suggestions par la Ville d’Amqui qui a fait réaliser par la firme ÉNERGIE NORDIQUE Inc. de Québec une étude de préfaisabilité pour un tel projet.

 

En l’espace de quelques mois, grâce à diverses interventions médiatiques cette idée a très rapidement fait son chemin. Actuellement ce sont plus d’une dizaine de projets à caractère communautaire qui sont en gestation principalement au Bas Saint-Laurent, soit seul ou en partenariat avec d’autres groupes d’investisseurs promoteurs et lesquels bénéficie de l’aide professionnelle inestimable du groupe ATI présidé par M. Adrian Lhinca, Dr en Ingénierie et professeur chercheur à l’UQAR (Université du Québec à Rimouski) et de son très impliqué et maintenant reconnu en matière de développement éolien au Québec’ soit M. Jean-Louis Chaumel, lui aussi docteur en ingénierie et professeur chercheur à l’UQAR.

 

De même que l’engagement professionnel de la CDR BSL (Coopérative Régionale en Développement Régional du Bas Saint-Laurent) par l’entremise de sa dynamique et dévouée directrice générale Mme Étiennette Thériault et de son tout nouvel agent de développement, M. Martin Gagnon qui depuis son arrivée en poste en septembre dernier s’est rapidement au service du développement éolien coopératif. C’est dans cette foulée que tout récemment était fondée sous l’initiative de ceux-ci et de promoteurs éoliens communautaires la toute nouvelle CRERQ (Coopératives regroupées en énergie renouvelable du Québec). Une toute nouvelle force ou joueur sur l’échiquier du développement de la filière éolienne au Québec et de toute autre source d’énergie renouvelable.

 

La CRERQ est définitivement appelé à devenir un joueur incontournable dans l’accompagnement de tout groupe, communauté et MRC qui de par le Québec, voulant oser imaginer et réaliser un projet de production d’énergie renouvelable selon une approche communautaire par la BASE en impliquant les forces vives de son milieu sera bienvenu de s’y associer en tant que membre à part entière afin de pouvoir tout à la fois profiter de l’expertise de ses membres et apporter sa propre contribution à bâtir ensemble cette toute nouvelle force en autodéveloppement local de ressources énergétiques renouvelables et locales.

 

En territoire humanisé du Québec, personnellement je crois que l’on devrait privilégier les projets éoliens communautaires à taille humaine plus facilement intégrable dans nos paysages et préconiser l’implantation des mégas parcs éoliens à proximité de nos grands barrages.

 

Nous sommes en droit de nous poser des questions sur le réel bien fondé de laisser à l’entreprise privée d’être les développeurs principaux de cette filière énergétique. La ruée en nombre incroyable de promoteurs qui salivent à l’idée d’obtenir de juteux contrats d’Hydro Québec, et pour un très grand nombre issus de la filière du pétrole, donc de l’Alberta ou de l’Ontario, nous permettent de croire qu’il y a de la grosse argent à faire au niveau de la production d’énergie éolienne.

 

Alors pourquoi devrions-nous leur laisser en toute connaissance de cause tout le champ libre? La nationalisation de cette filière, du moins dans la partie des tous nouveaux mégas projets à venir, nous permettrait de mettre plus facilement à contribution ce pouvoir collectif pour influer sur le développement de turbines « made in Québec » et favoriser au grand maximum le développement d’un savoir collectif tout comme l’a fait le Danemark, l’Allemagne, la France et l’Espagne par exemple?

 

Si nous sommes capables de construire des « Challenger », des Manic et des Baie-James, en s’appuyant sur nos nombreuses universités, industries de l’aéronautique, firme de Génie Conseil, etc...je suis personnellement convaincu qu’en nous investissant collectivement nous même dans l’appropriation et la mise en valeur de notre potentiel éolien, nous pourrions plus rapidement devenir rapidement un joueur de calibre mondial à part entière, générant au passage plusieurs emplois de qualité pour notre jeunesse en manque de grands défis!

 

Nous devons avoir une vision très large de tout ce que pourrait nous procurer le développement éolien au Québec si nous acceptions d’oser prendre plus de responsabilité en tant qu’autodéveloppeur de la filière. Au fait, avons-nous une véritable stratégie collective de développement de cette nouvelle ressource? Si oui, où se trouve t-elle, car pour ma part bien que je sois très impliqué dans la prise de conscience de ce que nous devrions faire afin d’en tirer le maximum de bénéfices, je n’ai jamais entendu parler que nous en avions une, ni même entendu dire que nous étions à en concevoir une dans quelque officine de notre Gouvernement! C’est vraiment incroyable! On a vraiment l’impression que l’on improvise au fur et à mesure que l’on enfance dans la voie de sa mise en valeur!

 

Source: Bouchard, Roméo, Jean-Louis Chaumel, Paul Gipe, Gaétan Rhuest et Gabriel Ste-Marie (2007). L'éolien: pour qui tourne le vent ?, Écosociété, Montréal.